par Stéphane Vien
En Occident, le shiatsu est encore bien peu connu. Directement issu de
la médecine traditionnelle chinoise, le shiatsu fut développé au Japon où
il subit l'influence du bouddhisme zen. Mais ce n'est qu'après la Deuxième
guerre mondiale qu'il fit son entrée en Occident.
Le shiatsu est une approche énergétique holistique qui
repose sur la pratique de la médecine traditionnelle chinoise. À travers
les siècles, le shiatsu a été influencé par plusieurs méthodes
thérapeutiques provenant tant de l'Orient que de l'Occident. En 1947, une
loi japonaise vint modifier la structure du système médical Japonais et
accorda huit ans à tous les praticiens pour se trouver une nouvelle
profession. En 1955, le shiatsu fut officiellement reconnu comme une
technique thérapeutique, sérieuse et efficace. À cette époque, le
ministère de la santé du Japon ayant reconnu sa validité, le définit comme
suit :
«Le shiatsu est un traitement qui utilise les pouces et les paumes des
mains pour faire pression en certains points du corps humain afin de
corriger ses irrégularités et de conserver ou d'améliorer sa santé.»
Cette définition plutôt rudimentaire ne dit rien sur le Ki (énergie) et
les méridiens (parcours du Ki dans l'organisme) et pour cause... Après la
Deuxième Guerre mondiale, le Japon, vaincu, fut placé sous la tutelle du
monde occidental, ce qui entraîna plusieurs réformes majeures dont l'usage
exclusif de la médecine occidentale dans le milieu hospitalier; la
médecine traditionnelle orientale étant reléguée presque exclusivement au
niveau populaire.
Pour rester en accord avec ces restrictions, Tokujiro Namikoshi
accentua l'importance de l'aspect bio-mécanique dans l'emploi du shiatsu.
Il y introduisit la physiologie et l'anatomie occidentales mais ignora la
fonction des méridiens, trop inhabituelle à la pensée occidentale. Son
objectif premier était de rendre le shiatsu plus accessible au mode de
pensée occidental et il vit juste.
Quelques années plus tard, un second maître, Shizuto Masunaga, dont
l'influence fut considérable sur l'évolution du shiatsu, y réintroduisit
les principes de base de la médecine traditionnelle chinoise tels
l'interaction des 5 éléments (feu, terre, métal, eau et bois), le Yin et
le Yang, mais surtout le phénomène de vide et de plénitude appelé
respectivement en japonais Kyo et Jitsu. Il innova en s'attardant sur les
aspects psychologiques en relation avec les symptômes physiques rencontrés
lors de la pratique et il reprit le travail sur les méridiens classiques
d'acupuncture. Il fit également appel à des trajets de méridiens non
catalogués à l'époque.
Malgré la valeur qu'il accordait à la théorie, Masunaga restait avant
tout un inconditionnel de la pratique. Par son travail et ses études
soutenues de la médecine traditionnelle, Masunaga obtint progressivement
la reconnaissance de la communauté médicale japonaise et put donner à son
tour des lettres de noblesse à la pratique du shiatsu.
Ces deux grands maîtres introduisirent par la suite, chacun à leur
façon. le shiatsu en Occident et donnèrent ultérieurement la possibilité à
d'autre méthodes de shiatsu de prendre leur essor. Parmi celles-ci,
citons:
- Le shiatsu macrobiotique développé par Shizuko Yamamoto. Deux
principaux points ressortent du shiatsu macrobiotique : l'alimentation
macrobiotique comme complément de traitement et l'utilisation des pieds,
lors de manoeuvres spécifiques, pour exercer des pressions sur certaines
masses musculaires du client, comme les fesses, etc.
- Le shiatsu des 5 éléments provenant des États-Unis. Il s'appuie sur
l'interrelation des 5 éléments pour diagnostiquer et traiter les
déséquilibres énergétiques.
- L'Ohashiatsu de Maître Wataru Ohashi. L'Ohashiatsu est le
prolongement de l'enseignement de Masunaga. Dans l'Ohashiatsu, le
thérapeute, pour exercer des pressions, doit travailler avec le poids de
son corps et celui du receveur, d'une façon contrôlée mais sans effort.
Le travail énergétique passe donc avant tout par la détente et le
bien-être du thérapeute et c'est ce qui sera transmis au
receveur.
Philosophie et principes du shiatsu
Le shiatsu s'adresse à la totalité de l'individu et, par le fait même,
met en pratique la pensée orientale qui nous enseigne que nous
représentons la somme d'un composé de trois aspects fondamentaux : mental,
physique et émotionnel.
L'être humain est donc la somme de ces aspects et le shiatsu en permet
l'harmonisation graduelle en équilibrant les liens les unissant entre eux,
c'est-à-dire les méridiens. Les méridiens sont les passages par lesquels
le Ki (l'énergie) circule dans tout l'organisme. Ces méridiens sont les
liens entre l'extérieur et l'intérieur du corps. On en compte 14 et ils
sont presque tous en relation directe avec un organe essentiel de
l'organisme. Chaque méridien gère plusieurs aspects et dimensions de
l'individu. Leur bon fonctionnement est essentiel, car lorsque l'énergie
ne circule pas convenablement des symptômes multiples autant physiques que
psychiques peuvent se manifester, indiquant ainsi que l'équilibre est
rompu. Le shiatsu vise donc à rééquilibrer le mouvement du Ki dans les
méridiens, afin de permettre à l'organisme de puiser en lui-même les
ressources nécessaires à son rétablissement.
La clientèle même qui consulte en shiatsu est variée, allant de la
personne souffrant de maux physiques jusqu'à celui ou celle en cheminement
personnel. Le shiatsu s'adresse à ce qui est vivant, au potentiel de
«guérison» présent en chacun de nous. Au cours des sessions de shiatsu, le
rôle du thérapeute sera donc de soutenir ce potentiel par l'entremise de
l'harmonisation des méridiens.
Pratiquer cet art est aussi bénéfique pour le donneur que pour le
receveur. En effet, pour le thérapeute qui le désire, la pratique du
shiatsu peut devenir un mode de méditation réciproque, assistant à la fois
le cheminement du client et celui du thérapeute. Le client devient en
quelque sorte le soutien même du thérapeute. Les deux sont au même niveau,
exprimant ainsi une relation humaine vraie et égale. Le shiatsu pratiqué
ainsi reflète alors l'influence considérable qu'a eu la pratique du zen
sur l'art du shiatsu au Japon. L'ici et maintenant si précieux à l'esprit
japonais trouve aussi écho dans cet art. Lorsqu'un client se présente pour
une séance, il sera accueilli avec ce qu'il est à ce moment là, avec son
vécu du moment, permettant ainsi au thérapeute d'offrir une séance
conforme aux besoins immédiats du client. Cette façon d'être et de faire
devient souvent une seconde nature qui permet d'influencer de façon
constructive les relations extérieures que le thérapeute entretient.
Le déroulement d'une séance de shiatsu
Mais comment se déroule une séance de shiatsu ? La procédure même d'une
séance peut varier légèrement selon les besoins et l'état de santé du
receveur. Mais, habituellement, la séance type ressemble à ceci : après un
accueil cordial, le thérapeute invite son client à remplir avec lui un
bilan de santé propre au shiatsu, se situant à la croisée du bilan
conventionnel et de celui pratiqué en Orient. Ce questionnaire peut
parfois dérouter certains clients car, en plus des questions sur la
pathologie et les symptômes, le client sera invité à faire part de ses
préférences alimentaires, du choix de ses couleurs préférées, de ses
saisons favorites ainsi que de plusieurs autres aspects; ceci afin de
permettre au thérapeute de voir un lien entre ces informations et d'en
percevoir la cause.
Le processus par lequel ce type de bilan de santé est élaboré demande
l'entière participation du thérapeute. Il doit, en utilisant tous ses
sens, percevoir ce qui est au delà des mots et des attitudes. Il doit, au
meilleur de ses connaissances, saisir la condition entière de son client,
afin de lui offrir ensuite le shiatsu correspondant exactement à son état
actuel. La qualité de la relation entre le thérapeute et son client est
primordiale et l'ingrédient qui rend possible cette relation est
l'empathie. Sans véritable ouverture et acceptation de l'autre,
l'application du shiatsu devient mécanique, difficile, voire
impossible.
Une fois le bilan de santé rempli, le thérapeute fera la lecture du
hara de son client (toucher de l'abdomen) afin de percevoir quels sont les
méridiens en déséquilibre pouvant participer aux malaises vécus par le
client. Par la suite, le thérapeute débutera le rééquilibrage de ces
méridiens en utilisant de façon appropriée des pressions, des étirements,
des mobilisations articulaires et surtout, beaucoup d'écoute lors du
travail le long des méridiens afin de rester présent aux réponses de
l'énergie, à ses manifestations dans le corps, qui signifient ainsi que le
système énergétique se rééquilibre et s'active.
Par exemple, selon l'approche de Masunaga, le thérapeute retient deux
méridiens en déficience et un en excès. Il utilise des pressions parfois
rapides et superficielles aux endroits congestionnés afin de remettre le
Ki en circulation, et parfois lentes et profondes pour permettre un appel
d'énergie aux endroits qui le sollicitent par leur manque de tonus et de
vitalité. Ces pressions peuvent être faites avec les mains, les doigts,
les coudes et parfois même les genoux.
Il est important de souligner qu'en shiatsu l'accent est mis sur le
soutien des méridiens en déficience. Fréquemment, en nourrissant ces
méridiens en besoin, l'organisme sera en mesure non seulement de diminuer
les symptômes inconfortables du client, mais en plus retrouvera le
potentiel de gérer les causes à l'origine du déséquilibre et des
malaises.
Quand le shiatsu est pratiqué de façon appropriée, ses bienfaits sont
nombreux. Entre autres, il procure fréquemment un sentiment d'apaisement
général, une restauration de chacun des principaux systèmes de l'organisme
et une amélioration notoire des symptômes qui affligent le client. Il
existe malgré tout des situations ou l'application du shiatsu demande un
plus grand savoir-faire. Sans être des contre-indications absolues, il est
utile de se montrer prudent en présence de maladie contagieuse ou
inflammatoire, d'ostéoporose avancée, de problèmes sérieux de la colonne
vertébrale (hernie, scoliose) ou encore de trouble cardiaque ou de
cancer.
Malgré ces conditions délicates, la pratique du shiatsu demeure un
outil de choix pour soulager les malaises pouvant affecter le client. Ceci
parce que le shiatsu permet d'intervenir à distance de la zone affectée
par l'entremise du système de méridiens et d'avoir quand même un effet sur
l'état du client. En plus, il aura pour effet de soutenir l'effort global
de l'organisme dans sa lutte afin de se rétablir au mieux de ses
possibilités du moment.
Une pratique adjuvante à de nombreuses thérapies
Le thérapeute en shiatsu, par sa solide formation holistique et
l'ouverture qu'il possède face aux différents aspects de la personne,
complète le travail effectué par d'autres professionnels de la santé tels
les chiropraticiens, les physiothérapeutes, les homéopathes, les
acupuncteurs et les psychologues ouverts à l'importance de l'équilibre
entre le corps et le psychique. Le shiatsu pratiqué en accord avec ces
méthodes peut avantageusement augmenter leurs bienfaits respectifs.
L'époque où le shiatsu n'était que pression du pouce est bien révolue !
Ses bases restent toujours d'une simplicité remarquable, mais l'on prend
de plus en plus conscience de son efficacité pour soulager différents
problèmes de santé. Le public aussi, conscient de l'importance de soins de
santé moins invasifs et plus naturels, se tourne vers le shiatsu pour
soulager différents malaises et optimiser les processus de récupération
d'une maladie. En cette fin de siècle, dans plusieurs pays, le shiatsu
semble en voie de s'imposer comme une méthode thérapeutique
sérieuse.
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À propos de l'auteur.
Stéphane Vien est massothérapeute et professeur de shiatsu. Il
enseigne et a un cabinet de massothérapie à Montréal. Ce texte a
été publié originellement dans Le Massager, 1998; 14 (4):19-23,
revue professionnelle de la Fédération québécoise des
massothérapeutes. © 1998, 1999. Tous droits réservés par Stéphane
Vien. Reproduit avec la permission de
l'auteur. |